Fondée en 1101, l’Abbaye Notre-Dame d’Aiguebelle abrite encore 22 moines en 2025. À Réauville, dans la Drôme, elle conserve une large part de son plan cistercien médiéval tout en maintenant offices, hôtellerie et activités économiques.
L’histoire de l’Abbaye Notre-Dame d’Aiguebelle en dates
L’Abbaye Notre-Dame d’Aiguebelle est fondée en 1101. Elle se trouve aux confins historiques du Dauphiné et de la Provence, sur les communes actuelles de Réauville et de Montjoyer. Son nom vient de aqua bella, en référence à la qualité de l’eau du vallon.
Le noyau fondateur relève de l’abbaye de Morimond. Le 26 juin 1137, un abbé venu de Morimond arrive avec douze moines. Gontard de Loup, seigneur de Rochefort, donne les terres nécessaires à l’établissement. Aiguebelle appartient à la filiation de Morimond et suit l’ordre cistercien de la Stricte Observance.
Les moines exploitent les terres de Réauville et de Montjoyer. Ils organisent des granges agricoles autour du monastère. L’une d’elles participe à la formation du village de Montjoyer. En 1281, l’abbé remet la terre de Réauville au comte de Provence, frère de Saint Louis.
| Année | Événement |
|---|---|
| 1101 | Fondation de l’Abbaye Notre-Dame d’Aiguebelle. |
| 1137 | Arrivée, le 26 juin, d’un abbé de Morimond accompagné de douze moines. |
| 1281 | La terre de Réauville est donnée au comte de Provence. |
| 1791 | Expulsion des moines, saisie des terres et vente des biens. |
| 1815 | Rétablissement de la vie monastique par des trappistes venus de Suisse. |
| 1843 | Début des fondations issues d’Aiguebelle, avec Notre-Dame de Staouëli en Algérie. |
| 1850 | La communauté compte 233 moines. |
| 1856 | Nouvelle campagne de restauration de l’église. |
| 1868 | Reconstruction de l’hôtellerie sur le plateau. |
| 1895 | Transfert de la chocolaterie à Donzère. |
| 1914-1918 | L’infirmerie devient un hôpital pour les soldats blessés. |
| 1942 | Accueil de réfugiés, de Juifs et de résistants dans les dépendances. |
Les XIIe et XIIIe siècles correspondent à une phase de prospérité. La guerre de Cent Ans affaiblit ensuite les revenus. La commende, régime dans lequel les revenus sont attribués à un abbé extérieur à la communauté, accentue le recul de la vie régulière.
En 1791, les religieux sont chassés. L’absence monastique dure jusqu’en 1815. Les trappistes revenus sous la direction du père Étienne trouvent l’église transformée en étable et en bergerie. Le cloître sert au stockage du fumier. La salle du chapitre, lieu de réunion quotidienne des moines, et le réfectoire des convers sont utilisés comme écuries.
Le retour de 1815 ne correspond pas à une simple réouverture. Les moines doivent rendre au culte une abbaye privée de toiture sur les bras du transept et détournée de ses fonctions pendant la Révolution.
Les restaurations se poursuivent jusqu’au milieu du XIXe siècle. Aiguebelle fonde ou relève plusieurs maisons, dont Notre-Dame-des-Neiges, Staouëli, Notre-Dame de l’Atlas, Sainte-Marie du Désert, Acey, les Dombes, Bonnecombe et Koutaba.
Ce que l’on voit aujourd’hui à Aiguebelle
L’abbaye conserve une part étendue de ses bâtiments conventuels médiévaux. L’ensemble comprend l’église, le cloître, la sacristie, la salle du chapitre, la salle des moines, le réfectoire, la cuisine et le bâtiment des convers. Les convers étaient des religieux chargés principalement du travail matériel.
Les abbayesPrieuré du Jassonneix : histoire, visite et communautéLa ruelle des convers primitive subsiste. Elle séparait leur bâtiment des espaces réservés aux moines de chœur. En France, cette disposition médiévale reste également conservée à l’abbaye de Fontfroide.
Les maçonneries visibles portent les traces des reprises du XIXe siècle. L’église a été blanchie et sa façade refaite après 1815. Un jubé et une tribune ont alors été ajoutés. Un clocher de 35 mètres a aussi été construit, puis démoli. Le clocher-mur plus bas appartient à la même campagne de remise en état.
L’hôtellerie historique a changé d’usage au fil des travaux. L’ancien bâtiment devient une infirmerie après la construction, en 1868, d’une nouvelle hôtellerie sur le plateau. Une hôtellerie féminine est créée en 1884. Les espaces occupés par les moines restent soumis à la clôture, c’est-à-dire la partie du monastère interdite au public.
Visiter l’Abbaye Notre-Dame d’Aiguebelle
Aiguebelle demeure un monastère actif. La visite s’organise donc autour de la vie liturgique et non comme dans un monument entièrement ouvert. Une chapelle accueille les personnes venues assister aux offices, les prières communautaires célébrées à heures régulières.
Vous ne franchissez pas la clôture monastique. Le cloître, le chapitre et les lieux de vie restent réservés aux religieux lorsqu’ils ne sont pas intégrés à un parcours expressément ouvert. La porterie, espace d’accueil placé à l’entrée du monastère, oriente les visiteurs et les hôtes.
Les horaires évoluent avec le calendrier liturgique et les nécessités de la communauté. Consultez la fiche pratique publiée par l’abbaye avant le déplacement pour connaître les heures du jour. Les principes applicables aux monastères actifs sont aussi regroupés dans la rubrique visiter une abbaye.
La boutique de l’abbaye d’Aiguebelle
Une grande boutique se trouve sur place. Elle présente les produits portant la marque Aiguebelle ainsi qu’une sélection issue d’autres communautés. Vous y trouvez des sirops de plantes, des liqueurs, du chocolat et des gelées.
La marque appartient à l’abbaye. La fabrication est partagée avec un atelier voisin. Cette distinction explique pourquoi un produit monastique n’est pas nécessairement fabriqué dans la clôture. D’autres productions religieuses sont présentées dans le comptoir des abbayes.
La communauté trappiste et l’hôtellerie aujourd’hui
Une communauté vivante de moines trappistes réside à Aiguebelle depuis 1815. Elle relève du diocèse de Valence et de l’ordre cistercien de la Stricte Observance. En 2025, elle rassemble 22 moines âgés de 45 à 96 ans.
La journée est structurée par les offices, la lecture, le travail et les repas communautaires. La continuité avec le passé ne tient pas seulement aux bâtiments. Elle repose sur une règle suivie quotidiennement dans le même monastère depuis le rétablissement du XIXe siècle.
Séjourner à l’hôtellerie d’Aiguebelle
L’hôtellerie reçoit les hommes et les femmes pour des séjours de 2 à 8 jours. Elle s’adresse à toute personne acceptant le rythme du lieu. Le séjour ne constitue ni une prestation hôtelière classique ni une visite prolongée de la clôture.
Les abbayesAbbaye d’Aubazine : histoire, visite et communautéLes hôtes disposent d’un cadre distinct des espaces communautaires. Ils participent librement aux offices ouverts et respectent le silence demandé dans certaines zones. Les modalités générales de réservation sont détaillées dans la rubrique consacrée à l’hôtellerie monastique.
Aiguebelle a longtemps associé agriculture et artisanat. Les moines ont fabriqué des chapelets, des balais et des corbeilles d’osier. Une fabrique de draps fonctionne de 1841 à 1877. Une minoterie est attestée en 1867. La chocolaterie devient ensuite l’activité principale avant son transfert à Donzère en 1895.
Autour de l’abbaye, en Drôme provençale
L’Abbaye Notre-Dame d’Aiguebelle se situe à Réauville, dans le département de la Drôme et la région Auvergne-Rhône-Alpes. Elle occupe la rive droite de la Vence, dans un vallon boisé de la Drôme provençale.
Deux communautés du Barroux se trouvent à 40 km. L’Abbaye Sainte-Madeleine du Barroux accueille des moines bénédictins. L’Abbaye Notre-Dame-de-l’Annonciation du Barroux abrite une communauté de moniales.
À 57 km, l’Abbaye Notre-Dame de Bon Secours de Blauvac prolonge cet itinéraire monastique vers le Vaucluse. Ces trois maisons sont vivantes et imposent le même respect des offices, de la porterie et de la clôture.





