Dernier office : Complies · prochain : Vigiles dans 3 h 24Les Grands Tours — 12 itinéraires9 €

Abbaye de La Celle : histoire, visite et communauté

par Étienne Vauquelin · mis à jour le 7 septembre 2026
bénédictineordre
Vardépartement
anciennecommunauté
Abbaye de La Celle : histoire, visite et communauté
Abbaye de La Celle : histoire, visite et communauté

De 1267 à 1293, le prieuré de La Celle comptait une centaine de religieuses issues de la haute noblesse de Provence et du Languedoc. Restauré jusqu’en mai 2021, cet ensemble roman du Var conserve les traces d’un monastère double, d’une exploitation antique et de neuf siècles de transformations.

Histoire de l’Abbaye de La Celle : les dates à retenir

L’Abbaye de La Celle se trouve dans la commune de La Celle, dans le département du Var, en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le village occupe une vallée dominée par le Roc de Candelon et le massif de la Loube, qui atteint 830 mètres. Le Caramy borde le territoire communal.

L’occupation du site précède le monastère. Un four et un sol témoignent d’une présence humaine entre les IIe et Ier siècles av. J.-C. Une villa romaine s’installe au même endroit au IIe siècle après Jésus-Christ. Sa pars rustica, partie agricole du domaine, comprend un pressoir et un fouloir retrouvés dans l’ancienne cuisine de l’abbaye. L’exploitation reste active jusqu’au VIe siècle.

Le premier établissement monastique apparaît au début du XIe siècle. En 1011, des terres situées sur le territoire de Brignoles et une église dédiée à Sainte-Perpétue sont données à l’Abbaye Saint-Victor de Marseille. Le pape Grégoire VII confirme ensuite les possessions victorines, dont Sainte-Perpétue, l’église Sainte-Marie et les terres voisines.

Le site relève de l’ordre de Saint-Benoît. Il forme un monastère double. Un prieur dirige les hommes, chargés des offices, c’est-à-dire des prières liturgiques célébrées à heures régulières. Une prieure dirige les moniales. Les moines desservent Sainte-Perpétue. Les religieuses utilisent Sainte-Marie. Malgré son nom actuel, l’établissement avait le rang de prieuré et non celui d’abbaye autonome.

Année Événement
1011 Donation à Saint-Victor de Marseille de terres de Brignoles et de l’église Sainte-Perpétue.
1090 Bernard III (II) de Besalú chasse les clercs réguliers de Saint Augustin.
1099 Le monastère de Sant Joan de les Abadesses est cédé à Richard de Millau, abbé de Saint-Victor de Marseille.
1225 Garsende de Sabran, comtesse de Provence, prend le voile comme novice à La Celle.
1267-1293 Le prieuré compte une centaine de religieuses.
1311 Un procès oppose le monastère à la communauté de Cabasse au sujet de l’usage de ses biens.
1660 Le cardinal Mazarin ordonne la réforme et le transfert des religieuses à Aix-en-Provence.
1792 Le domaine est vendu et morcelé comme bien national.
1886 Les restes de l’abbaye sont classés au titre des monuments historiques le 12 juillet.
1990 Le monument est acquis avec l’appui du département du Var, qui en devient propriétaire.
2016 L’abbaye rouvre au public le 12 juillet après des travaux.
2021 La campagne de restauration s’achève en mai.

Garsende de Sabran et l’apogée du prieuré

Au XIIIe siècle, La Celle reçoit des filles de la haute noblesse provençale et languedocienne. Garsende de Sabran, veuve d’Alphonse, second fils d’Alphonse II d’Aragon, y entre en 1225. Elle est la mère de Raimond Bérenger IV de Provence. Elle demeure au prieuré jusqu’à sa mort vers 1242.

Les abbayesPrieuré du Jassonneix : histoire, visite et communauté

Au XIVe siècle, les religieuses cherchent à s’affranchir de la tutelle de Saint-Victor. Les conflits deviennent permanents. Les moniales quittent le couvent, tandis qu’un prieur reste sur le domaine jusqu’à la Révolution.

Commende, Révolution et sauvegarde

Le 27 janvier 1660, le cardinal Mazarin intervient comme commendataire de Saint-Victor. La commende désigne l’attribution des revenus d’un établissement religieux à un titulaire extérieur à sa communauté. En mars, les nonnes sont transférées à Aix-en-Provence sous la direction de religieuses du Val-de-Grâce de Paris. Trois acceptent ce départ. Les autres perdent leur pension. Aucune novice ne peut désormais entrer au couvent, ce qui entraîne l’extinction de la communauté.

Après la vente de 1792, les bâtiments servent d’exploitation agricole. Jean-Camille Formigé réalise en 1868 des plans et des aquarelles documentant leur état. Le classement du 12 juillet 1886 protège les restes de l’abbaye. En 1938, Sylvia Fournier achète le domaine et y installe une hostellerie-restaurant, premier établissement 4 étoiles du Var. Elle meurt en 1971. Le département du Var possède le monument depuis 1990.

L’appellation « abbaye » est restée dans l’usage, mais La Celle fut juridiquement un prieuré dépendant de Saint-Victor de Marseille.

Ce que l’on voit aujourd’hui à l’Abbaye de La Celle

L’ensemble est un témoin de l’art roman provençal. Il est monument historique classé. L’église Sainte-Marie, autrefois réservée aux moniales, sert d’église paroissiale depuis le début du XIXe siècle. La commune l’a rachetée à cette fin.

L’église Sainte-Perpétue appartenait au secteur des moines et à la desserte paroissiale du bourg ecclésial. Elle a partiellement disparu. Cette séparation entre Sainte-Marie et Sainte-Perpétue rend encore lisible l’organisation du monastère double.

Le parcours présente les bâtiments conventuels restaurés et les espaces distribués autour du cloître. Le chapitre, salle où la communauté se réunissait pour entendre la règle et traiter les affaires du monastère, appartient au vocabulaire architectural à repérer. La clôture désigne la partie normalement réservée aux religieux. Elle n’a plus ici de fonction monastique, puisque le lieu n’abrite plus de communauté.

Un sarcophage du XIIIe siècle est conservé dans l’église Sainte-Marie. Il a longtemps été attribué à Garsende de Sabran. Cette attribution est fausse, puisque le sarcophage précède sa présence au monastère de 150 ans. Il a également servi de fontaine.

Les fouilles ont rendu visibles plusieurs états antérieurs au prieuré. Le pressoir et le fouloir antiques rappellent la fonction agricole de la villa romaine. La restauration, achevée en mai 2021, a assuré la restitution et la mise en valeur de l’ensemble médiéval.

Visiter l’Abbaye de La Celle

La visite relève d’un monument départemental, non d’une abbaye vivante. Le parcours commence à l’accueil. Le billet s’y prend lorsque la programmation du jour l’exige. Les horaires, les conditions d’accès et les éventuelles visites guidées changent avec la saison et les expositions. Consultez la fiche pratique officielle de l’abbaye avant votre déplacement.

L’église Sainte-Marie demeure paroissiale. Son accès suit donc aussi l’usage cultuel et les offices. Pendant une célébration, la visite patrimoniale s’efface devant la liturgie. La porterie, ancien point de contrôle des entrées du monastère, ne fonctionne plus comme accueil religieux.

Les abbayesAbbaye d’Aubazine : histoire, visite et communauté

Sur place, regardez la séparation des deux anciennes églises, les maçonneries romanes et les circulations conventuelles. Les vestiges antiques donnent une seconde grille de lecture. Ils montrent que les constructeurs médiévaux se sont installés sur un domaine agricole occupé plusieurs siècles auparavant.

Le site accueille des expositions. Du 19 mai au 31 octobre 2021, l’exposition inaugurale VILLAE, Villas romaines en Gaule du Sud a présenté des objets issus de fouilles varoises. La mosaïque de la villa de Pèbre, un miroir monétaire de Néron et un relief de Méduse en bronze figuraient dans cette sélection. Pour organiser un circuit plus large, la rubrique visiter les abbayes et la carte des sites monastiques permettent de préparer les étapes.

Ce qu’est devenu l’ancien domaine monastique

Il n’existe plus de communauté monastique à La Celle. Les dernières religieuses disparaissent après la réforme de 1660. L’exploitation agricole issue de la vente révolutionnaire a ensuite fragmenté les usages.

Une partie des anciens bâtiments accueille toujours une hostellerie de luxe. Elle est louée aux maisons Alain Ducasse. Il s’agit d’un établissement hôtelier commercial, sans lien avec une hôtellerie monastique. Aucun religieux n’y reçoit les hôtes et aucune clôture communautaire n’y subsiste.

Un autre bâtiment appartenant au département du Var abrite la maison des vins de l’AOC Coteaux Varois en Provence. Le domaine associe ainsi monument public, église paroissiale, activité hôtelière et présentation du vignoble local.

Autour de l’Abbaye de La Celle dans le Var

La Celle constitue une étape cohérente dans un parcours consacré aux abbayes de France en Provence-Alpes-Côte d’Azur. La page dédiée à la région Provence-Alpes-Côte d’Azur rassemble les autres fondations accessibles dans ce secteur.

Ces trois étapes replacent La Celle dans son cadre monastique régional. Saint-Victor explique sa tutelle bénédictine. Le Thoronet montre une autre organisation régulière, celle des cisterciens. Draguignan complète l’itinéraire dans l’intérieur varois.

Donnez votre avis

Soyez le 1er à noter cet article
ou bien laissez un avis détaillé


Partagez cet article maintenant !


Le plan de abbaye de La Celle

D’après le plan de Saint-Gall, l’abbaye idéale du IXe siècle : ce qui existe encore ici est tracé en plein, ce qui a disparu — ou n’a jamais existé — en pointillé.

ÉGLISECLOÎTREPORTERIEHÔTELLERIECELLIERBIBLIOTHÈQUEINFIRMERIEJARDIN
en usage aujourd’huidisparu ou sans objet

Les abbayes voisines

N
Les mots de l’abbaye
abbaye
monastère gouverné par un abbé ou une abbesse, élu par la communauté ; un prieuré dépend d’une abbaye, une chartreuse suit la règle de saint Bruno.
office
prière chantée en commun, sept fois par jour selon la règle de saint Benoît : vigiles, laudes, tierce, sexte, none, vêpres, complies.
hôtellerie
bâtiment où l’abbaye reçoit des hôtes pour quelques jours, hors de la clôture ; on y mange en silence et l’on participe aux frais.
clôture
partie du monastère réservée aux moines ou aux moniales ; un visiteur n’y entre jamais, même invité.
cloître
galerie couverte qui entoure un jardin carré, au sud de l’église ; c’est le cœur de la vie du monastère, pas une simple cour.
commende
régime (XVIe-XVIIIe siècles) où l’abbé était nommé par le roi et touchait les revenus sans vivre à l’abbaye — le début de bien des ruines.
porterie
la loge du portier, à l’entrée : c’est là qu’on demande une chambre, un renseignement, ou l’heure du prochain office.

Réagissez à cet article

La Feuille du mois

Une feuille glissée sous la porte, une fois par mois

Les abbayes qui ouvrent exceptionnellement, les portes ouvertes, les brassins et les fromages de saison, une hôtellerie qu’on a testée. Rien d’autre, rien de plus souvent.

Une feuille par mois. On se désabonne d’un clic.

Partagez votre réaction