Dernier office : Complies · prochain : Vigiles dans 7 h 22Les Grands Tours — 12 itinéraires9 €

Abbaye de Talloires : histoire, visite et communauté

par Étienne Vauquelin · mis à jour le 28 août 2026
1018fondation
Haute-Savoiedépartement
anciennecommunauté
Abbaye de Talloires : histoire, visite et communauté
Abbaye de Talloires : histoire, visite et communauté

Fondé en 1018, le prieuré bénédictin de Talloires a traversé près de huit siècles avant les destructions révolutionnaires. Ses bâtiments conservés, inscrits au titre des monuments historiques depuis le 24 février 1944, abritent aujourd’hui un hôtel-restaurant.

Histoire de l’Abbaye de Talloires : les dates à retenir

L’Abbaye de Talloires se trouve à Talloires-Montmin, en Haute-Savoie, sur la rive droite du lac d’Annecy. Le domaine appartient au pagus de l’Albanais lors de sa fondation en 1018.

Cette année-là, Rodolphe III de Bourgogne donne Talloires aux moines de Savigny. La donation est faite sous l’impulsion de son épouse Ermengarde et avec l’appui des archevêques Burchard de Lyon et Burchard de Vienne. Elle comprend une église dédiée à sainte Marie, saint Pierre et saint Maurice, ainsi que ses dépendances.

Le nouvel établissement suit la règle bénédictine. L’abbé Itier de Savigny envoie quatre moines : Ismius, Ismidon, Ruph et Germain. Ce dernier, connu comme Germain de Montfort, devient le premier prieur. Le prieur dirige la maison sous l’autorité de l’abbaye dont elle dépend.

Ermengarde complète la donation entre novembre 1030 et septembre 1032. Les papes Pascal II en 1107, Calixte II en 1123 et Eugène III en 1146 confirment ensuite l’établissement. Ces actes assurent ses droits et consolident sa place dans le réseau bénédictin.

Année Événement
1018 Rodolphe III de Bourgogne donne le domaine de Talloires aux moines de Savigny sous l’impulsion d’Ermengarde.
1030-1032 La reine Ermengarde complète la donation initiale.
1107 Le pape Pascal II confirme la fondation.
1123 Le pape Calixte II renouvelle la confirmation.
1146 Le pape Eugène III confirme à son tour l’établissement.
1412 Le prieuré de Saint-Jorioz est donné à Talloires par l’antipape Jean XXIII.
1440 Les moines acceptent la redevance imposée au profit du chapitre des Maccabées de Genève.
1674 Le pape Clément X érige le prieuré en abbaye royale.
1681 L’ensemble est agrandi, notamment avec un hôpital et une maladrerie à Angon.
1792 L’entrée des révolutionnaires français en Savoie entraîne l’incendie du monastère et de ses archives.
1833 Les parties condamnées après la Révolution sont détruites.
1944 L’ancienne abbaye est inscrite au titre des monuments historiques le 24 février.

Au Moyen Âge, Guillaume Ier, comte de Genève, accorde à Talloires une part des dîmes perçues sur une vigne et un pré d’Annecy. Il ajoute quatre maisons, des droits de pâturage dans la forêt du Semnoz et des droits seigneuriaux sur les églises d’Annecy-le-Vieux et d’Annecy-le-Nouveau.

Les abbayesAbbaye d’Aubazine : histoire, visite et communauté

En 1412, le rattachement de Saint-Jorioz s’accompagne d’une lourde redevance destinée au chapitre des Maccabées. Un chapitre désigne ici un collège de religieux attaché à une église. Les moines résistent avant de se soumettre en 1440.

Au XVIIe siècle, François de Sales engage une réforme du prieuré avec l’accord de Savigny et le soutien du Sénat de Savoie. Il veut rétablir l’observance bénédictine. Il organise aussi la translation des ossements de Germain de Montfort depuis son ermitage jusqu’à Talloires.

Le changement de statut intervient en 1674 : Clément X transforme le prieuré en abbaye royale. La commende, régime dans lequel les revenus d’une abbaye sont confiés à un supérieur extérieur à la communauté, n’est pas datée avec certitude pour Talloires dans les éléments conservés ici.

En 1792, l’arrivée des révolutionnaires français dans le duché de Savoie provoque l’incendie du site et la perte des archives. L’abbatiale sert encore d’église paroissiale jusqu’à la construction de l’église Saint-Maurice dans le bourg, vers la fin du XVIIIe siècle. L’abbaye ne retrouve ensuite aucune vie monastique.

Ce que l’on voit aujourd’hui à Talloires

L’ancienne Abbaye de Talloires n’est ni un monastère complet ni une ruine ouverte à la visite. Les bâtiments subsistants ont été convertis en hôtel-restaurant quatre étoiles depuis la fin du XIXe siècle. Cette affectation explique leur entretien, mais aussi les limites d’accès.

La conception primitive reprenait le modèle d’une résidence seigneuriale. Elle comportait une grande salle de prestige, appelée aula, et des éléments défensifs. Le monastère possédait également un hospice dans le bourg, daté de la fin du XIIIe siècle, ainsi qu’une léproserie ou maladière située à 2 km, sur la route du lac en direction d’Angon.

Les destructions de 1792 et de 1833 ont supprimé une partie majeure de l’organisation monastique. L’église abbatiale a disparu. Le visiteur ne retrouve donc pas un ensemble bénédictin avec abbatiale, salle du chapitre, dortoir et bâtiments réguliers tous lisibles dans leur disposition d’origine.

Le cloître demeure un repère central du site transformé. En 1902, Gabriel Lippmann y réalise son premier cliché de photographie en couleurs. Le physicien recevra le prix Nobel de physique en 1908 pour sa méthode de reproduction photographique des couleurs.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le commandement régional allemand s’installe dans l’édifice. Son inscription comme monument historique, prononcée le 24 février 1944, protège l’ancienne abbaye au titre de son intérêt architectural et historique.

Visiter l’Abbaye de Talloires aujourd’hui

La visite ne fonctionne pas comme celle d’un monument doté d’un parcours permanent et d’un billet d’entrée. Le lieu est exploité comme hôtel-restaurant. Les espaces accessibles dépendent donc de l’activité de l’établissement, des réceptions et des conditions fixées sur place.

Vous devez distinguer les parties privées des espaces admis au public. L’ancienne clôture, c’est-à-dire la zone réservée aux religieux dans un monastère, ne correspond plus à une clôture monastique active. Elle demeure toutefois intégrée à une propriété hôtelière. Aucun passage dans les salles ou dans le cloître ne doit être tenu pour libre sans accord de l’accueil.

  • Observez d’abord l’implantation de l’abbaye entre le bourg et le lac.
  • Repérez les volumes hérités de l’établissement conventuel.
  • Demandez à l’accueil quels espaces historiques sont accessibles le jour de votre venue.
  • Consultez la fiche pratique du site de l’abbaye avant le déplacement pour connaître les conditions du jour.

Il n’existe plus d’abbatiale ouverte aux offices. Un office est la prière liturgique célébrée à heures régulières par une communauté. Il n’existe pas non plus de porterie monastique, lieu où un religieux reçoit les visiteurs, ni de boutique tenue par des moines.

Les abbayesPrieuré du Jassonneix : histoire, visite et communauté

L’église paroissiale Saint-Maurice se trouve dans le bourg et ne doit pas être confondue avec l’ancienne abbatiale. Pour préparer un parcours plus large, la rubrique visiter les abbayes précise les différences entre monastères vivants, monuments et propriétés reconverties. La carte des abbayes aide à organiser les étapes autour du lac d’Annecy.

Ce qu’est devenue l’Abbaye de Talloires

Aucune communauté monastique ne vit aujourd’hui à l’Abbaye de Talloires. L’ordre bénédictin a quitté les lieux après la Révolution. Il n’y a donc ni hôtellerie religieuse, ni accueil spirituel assuré par des moines, ni atelier monastique.

Depuis la fin du XIXe siècle, le site est un hôtel-restaurant. Cette transformation a donné une fonction durable aux bâtiments conservés. Elle a aussi fait entrer Talloires dans une histoire culturelle distincte de son passé bénédictin.

Paul Cézanne, Mark Twain et Gabriel Fauré ont fréquenté les lieux. Winston Churchill et Richard Nixon figurent parmi les personnalités politiques reçues. L’acteur Jean Reno y a également séjourné. Ces présences relèvent de l’histoire hôtelière de l’ancienne abbaye, non d’une reprise de la vie religieuse.

Autour de l’Abbaye de Talloires en Auvergne-Rhône-Alpes

Talloires-Montmin appartient au département de la Haute-Savoie et à la région Auvergne-Rhône-Alpes. Trois maisons religieuses permettent de comparer des histoires et des usages très différents.

Ces étapes figurent parmi les abbayes de France dont le statut actuel exige une préparation différente : communauté en activité, monument accessible ou ancien établissement religieux reconverti.

Donnez votre avis

Soyez le 1er à noter cet article
ou bien laissez un avis détaillé


Partagez cet article maintenant !


Le plan de abbaye de Talloires

D’après le plan de Saint-Gall, l’abbaye idéale du IXe siècle : ce qui existe encore ici est tracé en plein, ce qui a disparu — ou n’a jamais existé — en pointillé.

ÉGLISECLOÎTREPORTERIEHÔTELLERIECELLIERBIBLIOTHÈQUEINFIRMERIEJARDIN
en usage aujourd’huidisparu ou sans objet

Les abbayes voisines

N
Les mots de l’abbaye
abbaye
monastère gouverné par un abbé ou une abbesse, élu par la communauté ; un prieuré dépend d’une abbaye, une chartreuse suit la règle de saint Bruno.
office
prière chantée en commun, sept fois par jour selon la règle de saint Benoît : vigiles, laudes, tierce, sexte, none, vêpres, complies.
hôtellerie
bâtiment où l’abbaye reçoit des hôtes pour quelques jours, hors de la clôture ; on y mange en silence et l’on participe aux frais.
clôture
partie du monastère réservée aux moines ou aux moniales ; un visiteur n’y entre jamais, même invité.
cloître
galerie couverte qui entoure un jardin carré, au sud de l’église ; c’est le cœur de la vie du monastère, pas une simple cour.
commende
régime (XVIe-XVIIIe siècles) où l’abbé était nommé par le roi et touchait les revenus sans vivre à l’abbaye — le début de bien des ruines.
porterie
la loge du portier, à l’entrée : c’est là qu’on demande une chambre, un renseignement, ou l’heure du prochain office.

Réagissez à cet article

La Feuille du mois

Une feuille glissée sous la porte, une fois par mois

Les abbayes qui ouvrent exceptionnellement, les portes ouvertes, les brassins et les fromages de saison, une hôtellerie qu’on a testée. Rien d’autre, rien de plus souvent.

Une feuille par mois. On se désabonne d’un clic.

Partagez votre réaction