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Abbaye De Valloires : histoire, visite et communauté

par Étienne Vauquelin · mis à jour le 27 août 2026
1101fondation
Sommedépartement
anciennecommunauté
Abbaye De Valloires : histoire, visite et communauté
Abbaye De Valloires : histoire, visite et communauté

Fondée en 1101, l’Abbaye de Valloires conserve une abbatiale de 45 mètres sur 17 et un ensemble conventuel reconstruit au XVIIIe siècle. À Argoules, dans la Somme, cette ancienne maison cistercienne classée monument historique associe patrimoine, accueil des visiteurs et action sociale.

Abbaye de Valloires : l’histoire en dates

La fondation de l’Abbaye de Valloires remonte à 1101. Son histoire cistercienne se précise en 1138. Guy II de Ponthieu autorise alors des moines de l’ordre de Cîteaux à établir une abbaye. Valloires devient la douzième fille de l’abbaye-mère de Cîteaux.

Les religieux s’installent définitivement dans la vallée de l’Authie en 1158. Aux XIIe et XIIIe siècles, la communauté compte cent moines à son apogée. Cette prospérité finance une première abbatiale ogivale, achevée en 1226. L’église sert ensuite de nécropole aux comtes de Ponthieu.

La guerre de Cent Ans ouvre une longue période de violences. Après la bataille de Crécy en 1346, les moines trouvent refuge à Abbeville ou à Montreuil-sur-Mer. Les troupes anglaises et bourguignonnes pillent Valloires au XVe siècle. Louis XI confirme les privilèges de l’abbaye par lettres patentes en septembre 1467.

Les huguenots, les Espagnols puis les Impériaux frappent à leur tour le monastère aux XVIe et XVIIe siècles. Pendant la guerre de Trente Ans, les soldats de Louis XIII y prennent leurs quartiers. Les bâtiments sont très dégradés à la fin du XVIIe siècle.

Année Événement
1101 Fondation de l’Abbaye de Valloires.
1138 Guy II de Ponthieu autorise l’établissement de moines cisterciens.
1158 Installation définitive de la communauté dans la vallée de l’Authie.
1226 Achèvement de la première abbatiale ogivale.
1346 Après la bataille de Crécy, la guerre menace directement le Ponthieu.
1467 Louis XI confirme les privilèges de l’abbaye.
1738 Effondrement de l’abbatiale médiévale conservée lors de la reconstruction.
1741 Début du chantier de la nouvelle église sur les plans de Raoul Coignard.
1756 Consécration de la nouvelle abbatiale.
1790 Fermeture de l’abbaye, devenue bien national.
1907 Classement de l’ensemble au titre des monuments historiques.
1922 Thérèse Papillon fonde un préventorium dans les bâtiments.

La reconstruction du XVIIIe siècle

Les bâtiments conventuels sont reconstruits au XVIIIe siècle. Les travaux s’achèvent vers 1730. L’abbatiale du XIIIe siècle s’effondre en 1738, ce qui impose l’édification d’une nouvelle église.

Le chantier commence en 1741 sous l’autorité de dom Comeau, prieur de 1732 à 1767, et de monseigneur d’Orléans de La Motte, évêque d’Amiens et abbé commendataire. La commende désigne l’attribution d’une abbaye et de ses revenus à un abbé qui n’appartient pas nécessairement à la communauté. Raoul Coignard, également architecte de l’abbaye de Cercamps, fournit les plans.

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Simon Pfaff de Pfaffenhoffen réalise une part majeure du décor sculpté. Jean-Baptiste Veyren, dit « Vivarais », exécute les ouvrages de ferronnerie. La nouvelle église est consacrée en 1756.

Ce que l’on voit aujourd’hui à Valloires

Les bâtiments de l’ancienne abbaye sont particulièrement bien conservés. L’ensemble appartient à l’architecture monastique du XVIIIe siècle. Il bénéficie du statut de monument historique classé.

L’abbatiale mesure 45 mètres de long sur 17 mètres de large. Sa façade néoclassique reste sobre. Un portail central s’ouvre sous une haute fenêtre en plein cintre. Deux têtes d’angelots occupent sa partie supérieure. Un fronton triangulaire porte un décor floral. Deux pilastres encadrent la composition, tandis que des contreforts soutiennent la nef et l’abside.

L’intérieur de l’Abbaye de Valloires

L’intérieur présente un décor rocaille et rococo conçu par Simon Pfaff de Pfaffenhoffen, sculpteur autrichien installé à Saint-Riquier. Le buffet d’orgue sculpté, la chaire et le confessionnal sont de sa main.

La grille séparant la nef du chœur est l’œuvre de Jean-Baptiste Veyren. Elle est dite « à double lecture », car elle est dorée sur ses deux faces. Dans le chœur, les stalles et les lambris sculptés organisent l’espace autrefois réservé aux religieux. Le maître-autel en marbre noir porte deux anges en plomb doré. Une suspension eucharistique en fer forgé, dessinée comme un palmier, le surmonte.

Dans le croisillon sud du transept, un enfeu abrite les gisants de Simon de Dammartin et de Marie de Ponthieu, morts respectivement en 1239 et 1251. Les statues de Moïse, Aaron, Pierre et Paul sont en bois. Celles de saint Martin et de saint Bernard sont en marbre. Ces deux dernières reprennent les traits de dom Comeau et de monseigneur de La Motte.

Les bâtiments conventuels rappellent l’organisation d’une communauté cistercienne. Le chapitre était l’assemblée des religieux réunie pour traiter la discipline et les affaires du monastère. La clôture désignait la partie réservée aux moines. Valloires n’ayant plus de communauté monastique, cette clôture n’a plus sa fonction religieuse d’origine.

Valloires est une ancienne abbaye : aucun moine ni aucune moniale n’y vit aujourd’hui. La visite porte sur un monument historique, et non sur un monastère en activité.

Visiter l’Abbaye de Valloires

Une partie des bâtiments abbatiaux et l’église sont ouvertes à la visite. Le parcours donne accès aux espaces patrimoniaux retenus par l’association propriétaire. Les autres locaux restent affectés à l’accueil et aux activités sociales.

Le billet se prend à l’accueil. Celui-ci remplit la fonction pratique de la porterie, c’est-à-dire l’entrée où les visiteurs sont reçus. Les horaires varient selon la saison et la programmation. Consultez la fiche pratique de l’abbaye pour connaître les heures du jour avant votre déplacement. La page visiter une abbaye permet aussi de préparer les points matériels d’un parcours monastique.

L’église ne suit plus le rythme d’un office monastique, la prière commune célébrée à heures régulières. Lors de la visite, regardez d’abord le contraste entre la façade néoclassique et le décor intérieur. Placez-vous ensuite devant la grille du chœur pour observer sa dorure sur les deux faces. Dans le transept sud, repérez les deux gisants médiévaux. Le chœur rassemble enfin les stalles, les lambris, le maître-autel et le palmier eucharistique de Veyren.

Les jardins ont été aménagés par Gilles Clément. Ils sont ouverts au public depuis 1989. Leur accès et celui de l’abbaye relèvent de modalités distinctes selon la programmation du jour. L’association de Valloires a également lancé le 19 juillet 2021 le spectacle historique « Valloires l’abbaye Lumière ». Sa première édition a accueilli 11 000 visiteurs.

Ce qu’est devenue l’ancienne abbaye

Après sa fermeture en 1790, Valloires devient un bien national. Ambroise-Léopold Jourdain de l’Éloge, acquéreur de la seigneurie d’Argoules en 1776, rachète l’ensemble. Cette acquisition préserve les bâtiments de la destruction. Après sa mort en 1808, ses héritiers vendent l’abbaye aux Basiliens.

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La Société des Basiliens arrive de Mons en mai 1817. Cette confrérie laïque d’artisans chrétiens associe travail manuel, enseignement et prière. Elle se spécialise dans la facture d’orgues jusqu’en 1860. Valloires conserve un orgue lié à cette histoire.

En 1880, l’évêque d’Amiens confie le lieu aux religieux de Saint Vincent de Paul. Ils y ouvrent un orphelinat en 1887. La loi sur les congrégations entraîne leur expulsion et la remise en vente de l’abbaye en 1906. Roger Rodière, André Hallays et maître Gosselin interviennent alors pour sauvegarder le monument. Le classement intervient en 1907.

De 1915 à 1919, les bâtiments servent d’hôpital militaire belge. Thérèse Papillon, infirmière-major pendant la Grande Guerre, fonde un préventorium en 1922. L’établissement reçoit jusqu’à trois cents enfants et fonctionne jusqu’en 1974. Monseigneur Angelo Roncalli, futur pape Jean XXIII, visite Valloires en 1949.

En 1964, Thérèse Papillon crée un foyer pour jeunes et adultes dans l’ancienne grange. Celui-ci devient en 1991 une maison d’accueil temporaire pour personnes âgées. L’abbaye appartient aujourd’hui à l’association fondée en 1922. Une partie accueille des enfants en difficulté. Une autre est consacrée à l’hébergement des visiteurs.

Autour de l’Abbaye de Valloires dans les Hauts-de-France

L’Abbaye de Valloires se trouve à Argoules, dans le département de la Somme, en région Hauts-de-France. Sa situation dans la vallée de l’Authie permet de relier plusieurs établissements monastiques encore actifs ou devenus patrimoniaux.

La carte des abbayes aide à organiser ces étapes selon les distances. Le répertoire des abbayes de France permet de distinguer les communautés vivantes, les monuments ouverts et les ensembles accessibles seulement depuis l’extérieur.

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Le plan de abbaye de Valloires

D’après le plan de Saint-Gall, l’abbaye idéale du IXe siècle : ce qui existe encore ici est tracé en plein, ce qui a disparu — ou n’a jamais existé — en pointillé.

ÉGLISECLOÎTREPORTERIEHÔTELLERIECELLIERBIBLIOTHÈQUEINFIRMERIEJARDIN
en usage aujourd’huidisparu ou sans objet

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Les mots de l’abbaye
abbaye
monastère gouverné par un abbé ou une abbesse, élu par la communauté ; un prieuré dépend d’une abbaye, une chartreuse suit la règle de saint Bruno.
office
prière chantée en commun, sept fois par jour selon la règle de saint Benoît : vigiles, laudes, tierce, sexte, none, vêpres, complies.
hôtellerie
bâtiment où l’abbaye reçoit des hôtes pour quelques jours, hors de la clôture ; on y mange en silence et l’on participe aux frais.
clôture
partie du monastère réservée aux moines ou aux moniales ; un visiteur n’y entre jamais, même invité.
cloître
galerie couverte qui entoure un jardin carré, au sud de l’église ; c’est le cœur de la vie du monastère, pas une simple cour.
commende
régime (XVIe-XVIIIe siècles) où l’abbé était nommé par le roi et touchait les revenus sans vivre à l’abbaye — le début de bien des ruines.
porterie
la loge du portier, à l’entrée : c’est là qu’on demande une chambre, un renseignement, ou l’heure du prochain office.

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