Classée dès 1840, l’église de l’Abbaye Saint-Georges de Boscherville conserve presque intégralement son architecture romane. À Saint-Martin-de-Boscherville, cet ancien monastère bénédictin réunit neuf siècles d’histoire, une salle capitulaire médiévale et des jardins établis au-dessus de la vallée de la Seine.
L’histoire de l’Abbaye Saint-Georges de Boscherville en dates
L’Abbaye Saint-Georges de Boscherville se trouve à Saint-Martin-de-Boscherville, dans le département de la Seine-Maritime, en Normandie. Sa fondation est fixée à 1101. Guillaume Ier de Tancarville en est le fondateur. L’établissement appartient historiquement à l’ordre de Saint-Benoît.
L’occupation religieuse du terrain précède toutefois l’abbaye. Un temple carré entouré d’une galerie en bois est construit au Ier siècle. Un fanum, sanctuaire de tradition gallo-romaine, le remplace au IIe siècle. Une chapelle funéraire franque prend ensuite place dans la cella, la pièce centrale du temple. Plusieurs édifices chrétiens se succèdent sur le site à partir du VIIe siècle.
En 1055, Raoul de Tancarville installe des chanoines dans une chapelle longue de 15,50 mètres et large de 7,50 mètres. Une collégiale dédiée à saint Georges est ensuite bâtie. Son chevet se trouvait sous l’actuelle salle capitulaire.
La fondation bénédictine de 1101 ouvre une nouvelle période. En 1113 ou 1114, Guillaume Ier de Tancarville écarte les chanoines et accueille une dizaine de moines venus de l’abbaye de Saint-Évroult. Louis, premier abbé de 1114 à 1157, conduit la construction de l’église et des bâtiments claustraux. Victor, abbé de 1157 à 1211, fait élever le cloître, un corps de logis et la salle capitulaire. Le chapitre, assemblée quotidienne des moines, s’y réunissait pour lire la règle et administrer le monastère.
| Année | Événement |
|---|---|
| Ier siècle | Construction d’un temple carré doté d’une galerie en bois. |
| IIe siècle | Remplacement du premier temple par un fanum. |
| VIIe siècle | Début d’une succession d’édifices chrétiens sur le site. |
| 1055 | Raoul de Tancarville installe une communauté de chanoines. |
| 1101 | Fondation de l’Abbaye Saint-Georges de Boscherville par Guillaume Ier de Tancarville. |
| 1113 ou 1114 | Des moines bénédictins de Saint-Évroult remplacent les chanoines. |
| 1225 | Une bulle du pape Honorius III confirme l’autonomie de l’abbaye face à Saint-Évroult. |
| 1235 | La charpente primitive de l’église est remplacée par une voûte gothique. |
| 1244 | Fin de la période de prospérité ouverte par la fondation. |
| 1562-1570 | Les guerres de Religion entraînent la fuite des religieux et le pillage des bâtiments. |
| 1590 | Un incendie détruit la maison abbatiale et ruine le cloître ainsi que le logis des religieux. |
| 1840 | L’église entre dans la première liste française des monuments historiques classés. |
Entre 1249 et 1269, l’archevêque de Rouen Eudes Rigaud inspecte régulièrement la communauté. Il relève des manquements à la discipline, puis constate un rétablissement de l’ordre en 1267. L’abbaye subit ensuite la guerre de Cent Ans. Le nombre de religieux diminue avant une reprise des vocations au début du XVIe siècle.
Les abbayesPrieuré du Jassonneix : histoire, visite et communautéAprès l’abbatiat d’Antoine Le Roux, de 1506 à 1535, l’établissement passe sous le régime de la commende. La commende attribue les revenus et le titre d’abbé à un titulaire qui ne réside pas nécessairement au monastère. Un prieur dirige alors la vie quotidienne. Après les destructions des guerres de Religion, Louis de Bassompierre introduit la réforme de Saint-Maur entre 1626 et 1676. La congrégation de Saint-Maur négocie son installation avec les religieux en place en 1659.
L’abbaye actuelle résulte de trois histoires superposées : un sanctuaire antique, une collégiale de chanoines et un monastère bénédictin fondé en 1101.
La Révolution française met fin à la vie monastique. L’église échappe à la démolition grâce à son usage paroissial. Les autres bâtiments connaissent des transformations et des pertes. La protection patrimoniale progresse ensuite par étapes : l’église est classée en 1840, le cloître en 1862 et la salle capitulaire en 1875. Des parcelles cadastrales sont inscrites en 1987. Des vestiges enfouis et plusieurs bâtiments subsistants sont classés en 1989. Des bénévoles de Chantiers Histoire et Architecture Médiévales participent à la restauration en 1987 et 1988.
Ce que l’on voit aujourd’hui à Saint-Georges de Boscherville
L’église abbatiale reste la pièce principale du monument. Elle conserve presque intégralement son architecture romane. Sa façade occidentale est encadrée par deux tours. La nef présente une élévation ordonnée en plusieurs niveaux. Les grandes arcades, les baies et les volumes du transept permettent de lire la progression du chantier médiéval.
La voûte gothique posée en 1235 modifie la couverture primitive sans effacer la structure romane. À la croisée du transept, la tour-lanterne signale le centre liturgique de l’église. Les chapiteaux sculptés méritent un examen rapproché. Leur décor associe feuillages, figures et compositions héritées du vocabulaire roman normand.
La salle capitulaire de l’Abbaye Saint-Georges de Boscherville
La salle capitulaire appartient aux constructions conduites sous l’abbé Victor, entre 1157 et 1211. Elle communiquait avec le cloître. Les moines y entendaient un chapitre de la règle de saint Benoît, répartissaient les tâches et traitaient les affaires du monastère.
Le cloître n’est plus conservé dans son intégrité. Son emplacement reste lisible entre l’église et les bâtiments conventuels. La maison abbatiale incendiée en 1590 a disparu. Les logis et les espaces de service ont subi des reconstructions, notamment pendant la réforme mauriste du XVIIe siècle.
Les jardins en terrasses prolongent la visite. Ils restituent l’organisation d’un domaine monastique où se côtoyaient espaces d’agrément, plantes utiles et cultures vivrières. Leur position offre une lecture directe du relief de la vallée de la Seine. L’ensemble bénéficie du statut de monument historique classé.
Visiter l’Abbaye Saint-Georges de Boscherville
La visite relève d’un monument ouvert au public, et non d’une abbaye habitée. Le billet se prend à l’accueil. La porterie, autrefois point de contrôle entre le monastère et le monde extérieur, correspond aujourd’hui à la fonction d’entrée et d’information des visiteurs.
Le parcours donne accès aux parties ouvertes de l’église, à la salle capitulaire, aux vestiges conventuels et aux jardins. Les modalités varient selon la saison et les activités programmées. Consultez la fiche pratique du site de l’abbaye pour connaître les heures du jour, les conditions d’accès et les visites guidées annoncées.
Les points à regarder pendant la visite
- La façade occidentale, pour ses deux tours et l’équilibre de la composition romane.
- La nef, dont l’élévation montre l’organisation de l’église bénédictine.
- La voûte gothique, installée en 1235 au-dessus d’un édifice roman.
- Les chapiteaux, qui conservent un répertoire sculpté médiéval.
- La salle capitulaire, liée au gouvernement quotidien de la communauté.
- Le tracé du cloître, point de liaison entre l’église et les lieux réguliers.
- Les jardins en terrasses, qui replacent les bâtiments dans leur domaine.
Aucune clôture monastique n’est active. La clôture désigne la partie d’une abbaye réservée aux religieux. Vous circulez uniquement dans les espaces intégrés au parcours. L’église conserve aussi une fonction paroissiale. Un office, célébration de prière de la communauté chrétienne, reste prioritaire sur la circulation touristique lorsqu’il est annoncé.
Les abbayesAbbaye d’Aubazine : histoire, visite et communautéPour préparer d’autres parcours patrimoniaux, la page visiter les abbayes rassemble les repères pratiques. L’atlas cartographique des abbayes aide à organiser une journée le long de la Seine.
Ce qu’est devenue l’ancienne abbaye
Il n’existe aucune communauté monastique aujourd’hui à Saint-Georges de Boscherville. L’établissement est une ancienne abbaye de l’ordre de Saint-Benoît. Vous n’y trouverez donc ni hôtellerie monastique, ni ateliers tenus par des moines, ni offices bénédictins réglés par une communauté résidente.
L’église a conservé son usage religieux comme édifice paroissial. Les bâtiments et jardins accessibles relèvent d’un parcours patrimonial. Cette double fonction explique la distinction entre les temps cultuels dans l’église et les conditions de visite du monument.
Le classement protège les élévations visibles, mais aussi une partie des traces archéologiques. Les vestiges enfouis documentent les constructions antérieures à l’abbaye, notamment le sanctuaire antique, la chapelle funéraire et la collégiale. Le lieu permet ainsi de suivre l’évolution d’un même site religieux sur plusieurs périodes.
Autour de l’abbaye, trois étapes monastiques en Normandie
L’Abbaye Saint-Georges de Boscherville appartient au réseau dense des fondations religieuses de la vallée de la Seine et de la région Normandie. Trois abbayes voisines complètent directement la visite.
- L’Abbaye Royale Saint-Pierre de Jumièges se trouve à 11 km. Ses ruines permettent de comparer une grande fondation bénédictine détruite avec une église romane restée en élévation.
- L’Abbaye royale de Saint-Wandrille de Fontenelle se situe à 17 km. Une communauté bénédictine y vit aujourd’hui.
- L’Abbaye Notre-Dame du Bec est à 30 km. Elle constitue une autre référence de l’histoire bénédictine normande.
Ces étapes figurent parmi les abbayes de France conservées sous des formes différentes : monument sans communauté à Boscherville, ruines à Jumièges et monastères vivants à Saint-Wandrille et au Bec.





