Dernier office : Complies · prochain : Vigiles dans 4 h 50Les Grands Tours — 12 itinéraires9 €

Abbaye de Murbach : histoire, visite et communauté

par Étienne Vauquelin · mis à jour le 3 septembre 2026
727fondation
bénédictineordre
Haut-Rhindépartement
anciennecommunauté
Abbaye de Murbach : histoire, visite et communauté
Abbaye de Murbach : histoire, visite et communauté

Fondée en 727 et fermée en 1789, l’abbaye de Murbach conserve deux hautes tours romanes qui signalent encore son rang dans le Saint-Empire romain germanique. Son église amputée de sa nef, son ancien enclos et son porche armorié permettent de lire treize siècles d’histoire alsacienne.

Histoire de l’abbaye de Murbach : les dates à retenir

L’abbaye de Murbach est fondée en 727 par le comte Eberhard d’Eguisheim, neveu de sainte Odile. Il fait appel à saint Pirmin, déjà engagé dans l’organisation de plusieurs monastères du monde alémanique. Pirmin arrive avec douze moines venus de Reichenau et structure une communauté installée dans le vallon.

Le nouvel établissement suit la règle de l’ordre de Saint-Benoît. Le 12 juillet 727, le roi franc Thierry IV lui accorde l’immunité. Ce privilège soustrait le monastère à plusieurs interventions civiles. Le 12 mai 728, l’évêque Widegern de Strasbourg reconnaît aux religieux le droit d’élire leur abbé.

De l’essor carolingien au rang d’abbaye impériale

Murbach reçoit des terres et des revenus qui soutiennent son développement. Charlemagne confirme son immunité le 13 janvier 772. Il porte ensuite le titre de recteur de Murbach et exerce durant une année la fonction d’abbé laïc. L’abbaye devient un établissement influent du Saint-Empire romain germanique.

Son scriptorium, atelier consacré à la copie des textes, produit des manuscrits liturgiques, historiques et littéraires. Au IXe siècle, sa bibliothèque conserve près de 350 volumes. Les Annales de Murbach témoignent de cette activité intellectuelle. Un manuscrit complet de l’œuvre de Lucrèce y est conservé avant sa transmission vers l’Italie au XVe siècle. En 1515, un exemplaire de l’Histoire romaine de Velleius Paterculus est identifié dans la bibliothèque.

Murbach n’était pas seulement un domaine religieux. L’abbaye réunissait une communauté bénédictine, une bibliothèque, un scriptorium et un pouvoir territorial exercé par un prince-abbé.

Des destructions à la fermeture de 1789

Le 4 juillet 926, des troupes hongroises ravagent le monastère et tuent sept moines. La restauration est soutenue par l’impératrice Adélaïde de Bourgogne et par le réseau clunisien. Le 27 avril 977, l’empereur Otton II confirme les possessions et les privilèges de l’abbaye.

Après le concordat de Worms de 1122, qui met fin à la querelle des Investitures, les religieux reprennent possession d’un établissement éprouvé par les conflits. L’église est réconciliée en 1134, c’est-à-dire rendue de nouveau au culte après sa profanation. La construction de l’abbatiale romane conservée aujourd’hui se place au XIIe siècle. Une consécration est célébrée en 1216.

Les abbayesPrieuré du Jassonneix : histoire, visite et communauté

À l’époque moderne, la commende désigne l’attribution du bénéfice d’une abbaye à un abbé qui n’en dirige pas toujours la vie régulière. À Murbach, la rupture décisive intervient avec le transfert du chapitre à Guebwiller en 1759, puis sa sécularisation en 1764. Les moines deviennent des chanoines séculiers. La fermeture intervient en 1789.

Année Événement
727 Fondation par le comte Eberhard d’Eguisheim avec l’intervention de saint Pirmin.
12 juillet 727 Thierry IV accorde l’immunité au monastère.
12 mai 728 Widegern de Strasbourg reconnaît la libre élection de l’abbé.
13 janvier 772 Charlemagne confirme l’immunité de Murbach.
4 juillet 926 L’abbaye est dévastée par les Hongrois et sept moines sont tués.
27 avril 977 Otton II confirme les possessions et les privilèges de l’abbaye.
1134 L’église profanée est réconciliée et un oratoire est consacré.
1216 Consécration de l’église à la Trinité, à la Croix, à la Vierge et à saint Léger.
1515 Un exemplaire de l’Histoire romaine de Velleius Paterculus est retrouvé dans la bibliothèque.
1759 Le chapitre est transféré à Guebwiller.
1789 Fermeture de l’abbaye.
1841 Classement au titre des monuments historiques.

Ce que l’on voit aujourd’hui à l’abbaye de Murbach

Le monument se trouve dans la commune de Murbach, dans le département du Haut-Rhin. On l’atteint par le vallon qui s’ouvre après Buhl, au fond de la vallée de Guebwiller. Les deux tours en grès signalent l’ancienne abbatiale Saint-Léger avant l’entrée dans l’enclos.

L’édifice conservé appartient à l’architecture romane rhénane. Le chœur, le transept et les deux tours subsistent. La nef a disparu. Son emplacement est occupé par le cimetière, ce qui rend immédiatement lisible l’amputation de l’église. Les volumes restants correspondent donc à la partie orientale de l’abbatiale, et non à un édifice complet.

Regardez les bandes verticales, les arcatures et les ouvertures réparties dans les tours. Elles structurent les façades sans masquer l’épaisseur des maçonneries. Les voûtes sur croisées d’ogives témoignent des recherches techniques du XIIe siècle. Leur forme rattache Murbach aux échanges architecturaux entre l’Alsace, la vallée du Rhin et les régions lombardes.

Le porche d’entrée porte les armes du prince-abbé. Un lévrier d’argent y figure. Les habitants de la région le surnommaient le « chien de Murbach ». Ce signe héraldique rappelle le statut politique de l’établissement, dont l’abbé exerçait une autorité religieuse et temporelle.

L’ancienne abbatiale est un monument historique classé depuis 1841. Les bâtiments conventuels qui entouraient le cloître ont disparu ou ont perdu leur fonction monastique. Le cloître, espace couvert organisé autour d’une cour, ne forme plus un ensemble complet. La salle du chapitre, où les moines se réunissaient pour lire la règle et administrer la maison, n’est plus accessible comme partie constituée d’un parcours conventuel.

Visiter l’abbaye de Murbach en pratique

La visite commence à l’extérieur. Prenez le temps d’observer l’implantation au fond du vallon, puis le porche armorié et les deux tours. Depuis l’ancien emplacement de la nef, la rupture entre les parties disparues et le chevet conservé se comprend sans reconstitution.

Les abbayesAbbaye d’Aubazine : histoire, visite et communauté

L’accès intérieur dépend des ouvertures de l’église et des manifestations patrimoniales. Consultez la fiche pratique du site de l’abbaye pour les heures du jour. Lorsqu’une visite guidée est organisée, le rendez-vous et les conditions d’accès sont indiqués sur place. Aucun horaire permanent ni tarif ne doit être déduit de la seule ouverture de l’enclos.

  • Observez le lévrier sculpté sur les armes du prince-abbé.
  • Repérez l’emplacement de la nef dans le cimetière.
  • Comparez les deux tours et leur décor d’arcatures.
  • Examinez le raccord entre le transept conservé et la partie détruite.
  • À l’intérieur, regardez la structure des voûtes et l’épaisseur des supports.

Murbach n’est plus une abbaye vivante. Il n’existe donc ni clôture monastique active, espace réservé aux religieux, ni porterie tenue par une communauté. Il n’y a pas davantage de boutique monastique liée à des ateliers locaux. Pour préparer d’autres parcours, la rubrique visiter une abbaye précise les différences entre une église en activité, un monument public et un ancien monastère.

Ce qu’est devenue l’ancienne abbaye de Murbach

La communauté bénédictine a quitté Murbach. Le transfert du chapitre à Guebwiller en 1759 précède la sécularisation de 1764. La fermeture de 1789 met fin à la présence institutionnelle issue de la fondation de 727. Aucune communauté monastique ne vit aujourd’hui sur place.

L’abbaye ne propose donc pas d’hôtellerie religieuse. Aucun office monastique ne règle la journée. Les offices éventuellement célébrés dans l’église relèvent de son usage cultuel local, et non d’une communauté suivant la règle de saint Benoît. Il n’existe pas non plus d’atelier monastique produisant sur place des denrées, des livres ou des objets religieux.

Le lieu relève désormais d’un double usage patrimonial et religieux. L’église conservée porte la mémoire de l’abbatiale. Le cimetière occupe l’ancienne nef. Le classement de 1841 encadre la conservation du monument. Une vue d’ensemble des abbayes de France aide à distinguer ces anciennes maisons des communautés encore actives.

Autour de l’abbaye de Murbach dans le Grand Est

Murbach se situe en Alsace, dans la région Grand Est. La vallée de Guebwiller forme un point de départ cohérent pour relier plusieurs établissements religieux. La carte des abbayes permet de visualiser leur répartition entre plaine d’Alsace et massif vosgien.

Ces trois étapes montrent des devenirs différents : communauté active, bâtiments réaffectés ou monument conservé. À Murbach, la lecture repose avant tout sur l’abbatiale romane incomplète, le porche du prince-abbé et l’emplacement visible de la nef disparue.

Donnez votre avis

Soyez le 1er à noter cet article
ou bien laissez un avis détaillé


Partagez cet article maintenant !


Le plan de abbaye de Murbach

D’après le plan de Saint-Gall, l’abbaye idéale du IXe siècle : ce qui existe encore ici est tracé en plein, ce qui a disparu — ou n’a jamais existé — en pointillé.

ÉGLISECLOÎTREPORTERIEHÔTELLERIECELLIERBIBLIOTHÈQUEINFIRMERIEJARDIN
en usage aujourd’huidisparu ou sans objet

Les abbayes voisines

N
Les mots de l’abbaye
abbaye
monastère gouverné par un abbé ou une abbesse, élu par la communauté ; un prieuré dépend d’une abbaye, une chartreuse suit la règle de saint Bruno.
office
prière chantée en commun, sept fois par jour selon la règle de saint Benoît : vigiles, laudes, tierce, sexte, none, vêpres, complies.
hôtellerie
bâtiment où l’abbaye reçoit des hôtes pour quelques jours, hors de la clôture ; on y mange en silence et l’on participe aux frais.
clôture
partie du monastère réservée aux moines ou aux moniales ; un visiteur n’y entre jamais, même invité.
cloître
galerie couverte qui entoure un jardin carré, au sud de l’église ; c’est le cœur de la vie du monastère, pas une simple cour.
commende
régime (XVIe-XVIIIe siècles) où l’abbé était nommé par le roi et touchait les revenus sans vivre à l’abbaye — le début de bien des ruines.
porterie
la loge du portier, à l’entrée : c’est là qu’on demande une chambre, un renseignement, ou l’heure du prochain office.

Réagissez à cet article

La Feuille du mois

Une feuille glissée sous la porte, une fois par mois

Les abbayes qui ouvrent exceptionnellement, les portes ouvertes, les brassins et les fromages de saison, une hôtellerie qu’on a testée. Rien d’autre, rien de plus souvent.

Une feuille par mois. On se désabonne d’un clic.

Partagez votre réaction