Dernier office : Complies · prochain : Vigiles dans 3 h 24Les Grands Tours — 12 itinéraires9 €

Abbaye de Silvacane : histoire, visite et communauté

par Étienne Vauquelin · mis à jour le 29 août 2026
1144fondation
cistercienneordre
Bouches-du-Rhônedépartement
anciennecommunauté
Abbaye de Silvacane : histoire, visite et communauté
Abbaye de Silvacane : histoire, visite et communauté

Construite de 1175 à 1230, l’église de l’abbaye de Silvacane réunit en 55 ans le plein cintre roman, le berceau brisé et la croisée d’ogives gothique. Cette ancienne maison cistercienne de La Roque-d’Anthéron conserve aussi son cloître, sa salle du chapitre et son réfectoire.

Abbaye de Silvacane : l’histoire en dates

L’abbaye de Silvacane est fondée en 1144 à La Roque-d’Anthéron, dans les Bouches-du-Rhône. Des moines venus de l’abbaye de Morimond s’établissent près de la Durance sous la conduite de l’abbé Othon, demi-frère de l’empereur Conrad III. La communauté appartient à l’ordre cistercien.

Le nom ancien de Sauvecanne vient de l’expression latine « silva cannorum », la forêt de roseaux. Elle désigne le terrain humide choisi par les religieux. Les moines drainent et mettent en valeur les terres qui entourent leur monastère.

Bertrand des Baux lance la construction de l’église en 1175. Il y est ensuite enterré. L’abbatiale est achevée en 1230. La fondation d’une abbaye fille à Valsaintes en 1188 marque l’expansion de Silvacane.

Le recul commence à la fin du XIIIe siècle. Un conflit avec l’abbaye de Montmajour fragilise la maison. Le monastère est saccagé par le seigneur d’Aubignan en 1358. Les gelées de 1364 détruisent les récoltes d’olives et de vin. Une inondation de la Durance frappe les bâtiments en 1440.

Les abbayesPrieuré du Jassonneix : histoire, visite et communauté

En 1450, Silvacane est annexée au chapitre, c’est-à-dire au collège de chanoines, de la cathédrale Saint-Sauveur d’Aix-en-Provence. Le basculement institutionnel attesté est cette annexion, sans date établie de mise en commende, régime qui attribue les revenus d’une abbaye à un supérieur extérieur à la communauté.

L’église devient paroissiale au début du XVIe siècle. Les guerres de Religion entraînent de nouvelles dégradations. La fermeture intervient en 1789. Les bâtiments abandonnés sont divisés, vendus comme biens nationaux en 1790, puis employés comme exploitation agricole.

Année Événement
1144 Fondation par des cisterciens venus de Morimond sous la conduite de l’abbé Othon.
1175 Bertrand des Baux entreprend la construction de l’église abbatiale.
1188 Silvacane fonde une abbaye fille à Valsaintes, près d’Apt.
1230 Achèvement de l’église abbatiale.
1358 Sac du monastère par le seigneur d’Aubignan.
1364 Les gelées anéantissent les récoltes d’olives et de vin.
1440 Une inondation de la Durance endommage le monastère.
1450 Annexion au chapitre de la cathédrale Saint-Sauveur d’Aix-en-Provence.
1789 Dissolution et fermeture de l’abbaye.
1790 Vente par lots comme bien national et conversion agricole.
1845 L’État acquiert l’église après son inscription sur la liste de 1840.
2008 Transfert de la propriété à la commune par convention signée le 9 juin.

Ce que l’on voit aujourd’hui à l’abbaye de Silvacane

L’ancienne abbaye est un monument historique classé. Elle conserve l’église, le cloître, la salle du chapitre, la salle des moines, le réfectoire, une partie de l’enceinte et l’ancienne hôtellerie monastique. Les restaurations engagées au XXe siècle ont rendu lisible l’organisation du monastère.

L’église abbatiale entre roman et gothique

L’église est bâtie en pierre de taille montée en grand appareil régulier. Sa couverture est en tuiles. Le chevet carré reçoit une grande rosace et trois baies. La baie centrale, plus haute, est encadrée par deux ouvertures en plein cintre. Ce triplet représente la Trinité.

La façade occidentale est divisée par deux contreforts. Son portail en plein cintre possède trois voussures. Des chapiteaux à feuilles d’eau portent les arcs toriques. Ce motif végétal sobre revient dans l’abbatiale.

La nef est couverte d’un berceau brisé. Des arcs-doubleaux reportent les charges sur des piliers cruciformes. La croisée du transept reçoit une croisée d’ogives. Cette juxtaposition montre la transition entre architecture romane et architecture gothique.

À regarder : Silvacane ne repose pas sur un décor sculpté abondant. La lecture du bâtiment passe par la taille de la pierre, le profil des voûtes, la distribution de la lumière et la rigueur des volumes.

Le cloître et les bâtiments conventuels

Le cloître date du XIIIe siècle. Ses galeries sont voûtées en berceau. Les grandes baies en plein cintre abritaient deux ouvertures ogivales séparées par une colonnette et surmontées d’un oculus. Une restitution visible dans la galerie nord donne la forme de ce dispositif disparu.

Le lavabo se trouve près de l’accès au réfectoire. Les moines s’y lavaient les mains avant de toucher le pain. Des colonnettes, des anneaux et des arcatures trilobées structurent cet équipement liturgique.

La salle du chapitre date du XIIIe siècle. Le chapitre désigne aussi la réunion quotidienne durant laquelle les moines écoutaient un passage de la règle et traitaient les affaires de la communauté. La salle des moines conserve des voûtes gothiques. Le grand réfectoire situé au nord du cloître a été reconstruit en 1423.

Visiter l’abbaye de Silvacane

Silvacane se visite comme un monument, et non comme une abbaye vivante. Aucun moine ni aucune moniale n’y réside. L’église n’est donc pas ouverte au rythme des offices, les prières liturgiques célébrées à heures régulières dans une communauté.

Le billet se prend à l’accueil. Le parcours conduit dans l’église abbatiale, le cloître et les principales salles conventuelles accessibles. Des visites commentées sont proposées selon la programmation. Consultez la fiche pratique de l’abbaye pour connaître les heures du jour, les conditions d’accès et les éventuelles restrictions liées aux manifestations culturelles.

Les abbayesAbbaye d’Aubazine : histoire, visite et communauté

Commencez par observer la façade occidentale. Placez-vous ensuite dans la nef pour comparer le berceau brisé et les ogives de la croisée. Dans le cloître, repérez les départs d’arcs qui signalent les baies médiévales détruites. Dans le réfectoire, la reconstruction de 1423 se distingue de la sobriété des espaces du XIIIe siècle.

  • Prévoyez du temps pour lire les raccords entre parties médiévales et restitutions modernes.
  • Vérifiez l’accès aux salles avant votre déplacement, notamment les jours de concert.
  • Respectez les espaces fermés au public et les dispositifs de conservation.
  • Consultez la rubrique visiter les abbayes pour préparer un parcours plus large.

La clôture, espace réservé aux religieux, n’a plus ici de fonction monastique. La porterie, lieu historique de contrôle et d’accueil à l’entrée du monastère, a laissé place au fonctionnement d’un site patrimonial communal.

Ce qu’est devenue l’ancienne abbaye de Silvacane

Silvacane ne compte aucune communauté monastique aujourd’hui. Elle est la seule des trois « sœurs provençales », avec Sénanque et Le Thoronet, à ne pas avoir retrouvé d’activité conventuelle.

Le classement engagé par la liste de 1840 protège l’église. L’État l’acquiert en 1845. Henri Révoil puis Jean Camille Formigé interviennent sur sa restauration. Un décret d’expropriation signé le 3 février 1945 par Charles de Gaulle et René Capitant prépare le remembrement du domaine. Les travaux commencent en 1950.

Les bâtiments monastiques, le mur d’enceinte et l’hôtellerie des moines sont restaurés par étapes. Des fondations mises au jour en 1989 sont restituées. La protection des abords au titre des sites repose sur l’arrêté du 18 septembre 1943. La commune de La Roque-d’Anthéron devient propriétaire par la convention du 9 juin 2008.

Le lieu accueille des visites et des manifestations culturelles. Il n’existe ni hôtellerie religieuse, ni ateliers monastiques, ni production issue d’une communauté. Pour distinguer les maisons actives des monuments sans communauté, consultez le répertoire des abbayes de France.

Autour de Silvacane : trois abbayes en Provence

L’abbaye se situe à La Roque-d’Anthéron, dans le département des Bouches-du-Rhône et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. La carte des abbayes permet de replacer Silvacane dans le réseau monastique provençal.

Donnez votre avis

Soyez le 1er à noter cet article
ou bien laissez un avis détaillé


Partagez cet article maintenant !


Le plan de abbaye de Silvacane

D’après le plan de Saint-Gall, l’abbaye idéale du IXe siècle : ce qui existe encore ici est tracé en plein, ce qui a disparu — ou n’a jamais existé — en pointillé.

ÉGLISECLOÎTREPORTERIEHÔTELLERIECELLIERBIBLIOTHÈQUEINFIRMERIEJARDIN
en usage aujourd’huidisparu ou sans objet

Les abbayes voisines

N
Les mots de l’abbaye
abbaye
monastère gouverné par un abbé ou une abbesse, élu par la communauté ; un prieuré dépend d’une abbaye, une chartreuse suit la règle de saint Bruno.
office
prière chantée en commun, sept fois par jour selon la règle de saint Benoît : vigiles, laudes, tierce, sexte, none, vêpres, complies.
hôtellerie
bâtiment où l’abbaye reçoit des hôtes pour quelques jours, hors de la clôture ; on y mange en silence et l’on participe aux frais.
clôture
partie du monastère réservée aux moines ou aux moniales ; un visiteur n’y entre jamais, même invité.
cloître
galerie couverte qui entoure un jardin carré, au sud de l’église ; c’est le cœur de la vie du monastère, pas une simple cour.
commende
régime (XVIe-XVIIIe siècles) où l’abbé était nommé par le roi et touchait les revenus sans vivre à l’abbaye — le début de bien des ruines.
porterie
la loge du portier, à l’entrée : c’est là qu’on demande une chambre, un renseignement, ou l’heure du prochain office.

Réagissez à cet article

La Feuille du mois

Une feuille glissée sous la porte, une fois par mois

Les abbayes qui ouvrent exceptionnellement, les portes ouvertes, les brassins et les fromages de saison, une hôtellerie qu’on a testée. Rien d’autre, rien de plus souvent.

Une feuille par mois. On se désabonne d’un clic.

Partagez votre réaction