Dernier office : Complies · prochain : Vigiles dans 7 h 22Les Grands Tours — 12 itinéraires9 €

Cluny III : histoire, visite et communauté

par Étienne Vauquelin · mis à jour le 15 septembre 2026
1088fondation
Saône-et-Loiredépartement
anciennecommunauté
Cluny III : histoire, visite et communauté
Cluny III : histoire, visite et communauté

Cluny III mesurait 187 mètres de longueur et 90 mètres au niveau du transept. De cette abbatiale romane construite à partir de 1088, seuls 8 % ont échappé aux démolitions menées entre 1798 et 1823.

Cluny III : l’histoire en dates, de 1088 à la destruction

Cluny III désigne le troisième chantier de l’abbatiale de Cluny, en Saône-et-Loire. La construction commence en 1088 sous l’abbatiat d’Hugues de Semur. Elle répond aux besoins de l’ordre bénédictin de Cluny, alors placé au centre d’un réseau monastique étendu en Europe, en Angleterre et en Terre sainte.

La tradition clunisienne attribue le projet au songe de Gunzo, ancien abbé de Baume-les-Messieurs devenu moine à Cluny. Saint Pierre lui aurait demandé de convaincre Hugues de Semur de bâtir une église destinée à recevoir un millier de moines. La conception est associée à Gauzon et à Hézelon de Liège, chanoine mathématicien devenu moine.

L’autel principal est consacré par le pape Urbain II le 25 octobre 1095. L’église entière est consacrée en 1130 par le pape Innocent II. Surnommée Maior Ecclesia, la « plus grande église », elle demeure le plus vaste édifice religieux de la chrétienté jusqu’à la construction de la basilique Saint-Pierre de Rome.

Les dates à retenir pour Cluny III

Année Événement
1088 Début de la construction de Cluny III sous l’abbatiat d’Hugues de Semur.
25 octobre 1095 Consécration de l’autel principal par le pape Urbain II.
1100 Achèvement des absidioles des façades orientales des deux transepts.
1107 Début du chantier de l’avant-nef appelée galilée dans le vocabulaire clunisien.
1115 Achèvement des cinq travées de la galilée, avant la mise en place de ses voûtes.
1130 Consécration de l’abbatiale par le pape Innocent II.
1456 Jean de Bourbon devient abbé commendataire. La commende confie les revenus de l’abbaye à un abbé qui ne dirige pas nécessairement la communauté.
1790 Suppression de la communauté monastique pendant la Révolution française.
21 avril 1798 Achat de l’abbatiale et de ses terrains par quatre marchands.
6 juillet 1798 Début de la démolition et de la vente des pierres.
6 au 9 juin 1801 Destruction des voûtes malgré les démarches engagées pour arrêter le chantier.
1823 Fin du démantèlement de Cluny III.

La vente comme bien national transforme l’église en carrière de matériaux. Pierre Jean Guillemot, ingénieur en chef du département, divise l’ensemble en quatre lots. Une rue nord-sud traverse alors l’ancienne abbatiale. Le maire de Cluny sollicite le préfet de Mâcon et le ministre de l’Intérieur Jean-Antoine Chaptal. Les interventions de 1800, 1801, 1805 et 1809 n’arrêtent pas les démolisseurs. Le portail est détruit à l’explosif en 1810.

Entre 1798 et 1823, 92 % de Cluny III disparaissent. Les vestiges conservés représentent 8 % de l’abbatiale romane.

Ce que l’on voit aujourd’hui de l’abbatiale de Cluny

Cluny III est protégée comme monument historique classé. Les parties les plus lisibles sont les bras sud du grand et du petit transept. Le clocher de l’Eau bénite domine encore le croisillon sud du grand transept. Les parties basses de l’avant-nef et les vestiges des tours des Barabans signalent l’entrée occidentale.

Les abbayesPrieuré du Jassonneix : histoire, visite et communauté

L’échelle initiale se comprend à partir du plan au sol. L’abbatiale atteignait 187 mètres de longueur et 90 mètres de largeur au niveau du transept. Le plan général a aussi été décrit sur une emprise de 190 mètres. Les deux transepts mesuraient 59 et 73 mètres. Le chevet comportait un déambulatoire, passage contournant le chœur, et cinq chapelles rayonnantes.

Cluny III, une architecture romane conçue par modules

La nef comptait onze travées et des collatéraux doubles. Son vaisseau central s’élevait à 30 mètres sur trois niveaux. Des arcs doubleaux soutenaient la voûte légèrement brisée. La coupole de la croisée du grand transept atteignait 40 mètres. Les deux tours carrées des Barabans montaient à 50 mètres.

La galilée formait une avant-nef de cinq travées. Le grand portail roman dépassait 16 mètres de hauteur. Son tympan monolithe représentait le Christ en gloire dans une mandorle, entouré des anges et des évangélistes. Le linteau portait les apôtres autour de la Vierge. Une chapelle Saint-Michel surmontait l’entrée.

Des fragments sculptés sont conservés dans plusieurs collections. À Cluny, le musée installé dans le palais Jean de Bourbon présente des éléments du décor et une restitution du portail sur une armature métallique de sept mètres. Le musée du Pape Gélase occupe des espaces aujourd’hui liés au centre Arts et Métiers. Un aigle associé à saint Jean l’Évangéliste et une figure de saint Pierre ont quitté Cluny.

Les dimensions suivent un module de cent pieds supposés romains ainsi que des multiples de sept. Cette trame réglait le plan, les travées et les proportions. Elle aide à lire des volumes dont les élévations ont disparu.

Visiter Cluny III et comprendre les vestiges

La visite concerne un monument, non une abbaye vivante. Le billet se prend à l’accueil. Consultez la fiche pratique officielle du site de l’abbaye avant votre déplacement pour connaître les heures du jour, les conditions d’accès et les départs des visites guidées.

Le parcours confronte les vestiges conservés au plan de l’église. Commencez par repérer l’axe de la nef et l’emplacement des tours des Barabans. Gagnez ensuite les bras sud des transepts. Le clocher de l’Eau bénite fournit le repère vertical le plus net. Les dispositifs de restitution replacent ces éléments dans le volume de la Maior Ecclesia.

  • Au portail occidental : observez les bases des Barabans et l’emprise de l’avant-nef.
  • Dans le grand transept : mesurez visuellement l’écart entre les vestiges et la coupole disparue de 40 mètres.
  • Dans les espaces muséaux : regardez les fragments sculptés, les chapiteaux et le remontage du portail.
  • Dans les bâtiments conventuels : distinguez les constructions monastiques conservées de l’emprise propre à Cluny III.

Une visite guidée apporte les repères nécessaires sur les phases de construction et de démolition. Pour préparer un parcours plus large, la rubrique visiter les abbayes rassemble les informations pratiques, tandis que la carte des sites monastiques situe Cluny dans son territoire.

Ce qu’est devenu le site de Cluny III

Aucune communauté monastique ne vit aujourd’hui à Cluny III. La clôture, espace réservé aux religieux, n’a donc plus sa fonction d’origine. Le chapitre, réunion quotidienne des moines et salle où elle se tenait, appartient désormais à l’histoire du monastère. La porterie, point de contact entre l’abbaye et l’extérieur, relève du parcours patrimonial plutôt que de l’accueil monastique.

Les abbayesAbbaye d’Aubazine : histoire, visite et communauté

Après la Révolution, le démantèlement a séparé l’abbatiale de ses bâtiments conventuels. Une partie des constructions subsistantes accueille le centre Arts et Métiers. Les espaces archéologiques, les élévations romanes et les collections lapidaires forment désormais un ensemble de visite. Cluny reste ainsi un site majeur pour comprendre l’organisation des abbayes de France, l’architecture romane et le fonctionnement d’un vaste réseau bénédictin.

La boutique du monument prolonge l’accueil et réunit des ouvrages consacrés à Cluny, à l’art roman et aux recherches archéologiques. Il n’existe ni hôtellerie monastique ni ateliers tenus par une communauté religieuse sur le site.

Autour de Cluny III en Bourgogne-Franche-Comté

Cluny se trouve dans le département de Saône-et-Loire, en région Bourgogne-Franche-Comté. Trois établissements voisins permettent de comparer une ancienne abbaye monumentale avec des communautés ou des ensembles religieux aux trajectoires différentes.

Ces distances autorisent un itinéraire consacré aux formes de la vie monastique et à leur conservation. Venière renseigne sur une communauté actuelle. Brou montre un monastère royal lié à une fondation princière. Notre-Dame-des-Dombes complète le parcours vers l’est de la région.

Donnez votre avis

Soyez le 1er à noter cet article
ou bien laissez un avis détaillé


Partagez cet article maintenant !


Le plan de Cluny III

D’après le plan de Saint-Gall, l’abbaye idéale du IXe siècle : ce qui existe encore ici est tracé en plein, ce qui a disparu — ou n’a jamais existé — en pointillé.

ÉGLISECLOÎTREPORTERIEHÔTELLERIECELLIERBIBLIOTHÈQUEINFIRMERIEJARDIN
en usage aujourd’huidisparu ou sans objet

Les abbayes voisines

N
Les mots de l’abbaye
abbaye
monastère gouverné par un abbé ou une abbesse, élu par la communauté ; un prieuré dépend d’une abbaye, une chartreuse suit la règle de saint Bruno.
office
prière chantée en commun, sept fois par jour selon la règle de saint Benoît : vigiles, laudes, tierce, sexte, none, vêpres, complies.
hôtellerie
bâtiment où l’abbaye reçoit des hôtes pour quelques jours, hors de la clôture ; on y mange en silence et l’on participe aux frais.
clôture
partie du monastère réservée aux moines ou aux moniales ; un visiteur n’y entre jamais, même invité.
cloître
galerie couverte qui entoure un jardin carré, au sud de l’église ; c’est le cœur de la vie du monastère, pas une simple cour.
commende
régime (XVIe-XVIIIe siècles) où l’abbé était nommé par le roi et touchait les revenus sans vivre à l’abbaye — le début de bien des ruines.
porterie
la loge du portier, à l’entrée : c’est là qu’on demande une chambre, un renseignement, ou l’heure du prochain office.

Réagissez à cet article

La Feuille du mois

Une feuille glissée sous la porte, une fois par mois

Les abbayes qui ouvrent exceptionnellement, les portes ouvertes, les brassins et les fromages de saison, une hôtellerie qu’on a testée. Rien d’autre, rien de plus souvent.

Une feuille par mois. On se désabonne d’un clic.

Partagez votre réaction